Pourquoi calibrer son appareil photo ?

On calibre bien son écran ou son imprimante, alors pourquoi ne pas calibrer son appareil photo ! Calibrer l’appareil photo permet d’avoir des couleurs plus « justes » (moins à l’ouest), des hautes et basses lumières plus nuancées (plus riches en détails). Les choses sont évidemment un peu plus compliquées qu’un simple calibrage d’écran, à cause d’un changement constant de lumière (sources variées) … Néanmoins, en créant un profil couleur « générique » (passe-partout), on arrive à avoir quelque chose de bien pour pas mal de situations photographiques. On peut aussi créer plusieurs profils pour des situations bien particulières. D’une manière très simplifiée, calibrer l’appareil photo consiste à photographier une charte de couleur et soumettre le fichier à un logiciel qui va créer un profil personnalisé qu’on pourra utiliser dans son logiciel de développement. Dans cet article, je vais vous parler des « outils » que j’ai utilisé ou que j’utilise actuellement pour réaliser mes calibrages d’appareils photos. Le plus compliqué (pour moi) dans la réalisation d’un profil personnalisé, ce n’est pas de soumettre le fichier photographié à un logiciel, mais la qualité de la prise de vue de la charte (éviter la pollution lumineuse colorée).

Photographie de la charte couleur en vue de la création de profil couleur personnalisé 

Chartes et logiciels

Je calibre depuis environ huit années avec plus ou moins de satisfaction (plutôt satisfait depuis deux ans). Je ne vais pas rentrer en détail dans l’utilisation des logiciels (qui sont relativement simples à utiliser), vous trouverez des manuels ou tutos spécifiques en fonction des logiciels. Mes premiers tests ont été fait avec DNG Profil Editor (j’en ai parlé ici). Ce petit logiciel a l’avantage d’être gratuit, vous le trouvez en téléchargement ici : (Win, Mac). DNG Profil Editor permet de créer des profils uniquement pour Lightroom et Camera Raw (DNG). Si vous utilisez Capture One par exemple, il faudra passer sur une autre solution de calibrage (profil ICC). Si vous utilisez DNG Profil Editor, il faudra utiliser une charte X-Rite ColorChecker Classic 24 couleurs (charte qu’on trouve aux environs de 70€). Une fois la charte photographiée, on exporte un fichier DNG depuis Lightroom (réglages à zéro), qu’on ouvre dans DNG Profil Editor. Il faudra indiquer (déplacement de repères) les quatre coins de la charte au logiciel. (voir illustration) 

Interface DNG Profil Editor – Selection des patchs d’angle 

Dans l’onglet « Chart », vous pouvez définir la température de couleur,  dans l’onglet « Color Matrices » et « Color Tables », vous pouvez reprendre certaines couleurs, dans l’onglet « Tone Curves », vous pouvez choisir le type de profil (avec courbe gamma ou linéaire, respectivement profil « photo » ou profil « repro »).

Actuellement, j’utilise une charte X-Rite ColorChecker Digital SG 140 couleurs (charte qu’on trouve aux environs de 360€) et le logiciel Input de BasICColor. On peut très bien utiliser une charte 24 couleurs avec ce logiciel, qui par ailleurs est compatible avec la plupart des chartes de couleur. Input permet de faire des profils DCP (DNG) et ICC compatibles avec quasi tous les logiciels de développement.

Interface Input BasICColor – Sélection des patchs 

Il existe bien sûr d’autres logiciels dédiés à la création de profil couleur personnalisé, la plupart payants et parfois fournis avec une charte couleur. Concernant Lightroom et Camera Raw, le profil devra se trouver dans le dossier CameraProfiles de votre système. (je parle principalement de LR, car ce dernier est mon logiciel de développement et workflow photo) 

Exemple :

  • Mac OSX : Macintoch HD > Utilisateurs > « jmk » > Bibliothèque > Application Support > Adobe > CameraRaw > CameraProfiles
  • Windows : C: > Utilisateurs > « jmk » > AppData > Roaming > Adobe > CameraRaw > CameraProfiles

A propos des chartes que j’ai citées ici (et que je possède), je vous recommande vivement de conserver ces dernières dans un environnement sec et à l’abri de la lumière. Ces chartes évoluent dans le temps et bien plus vite lorsqu’elles sont exposées dans un environnement inapproprié.

Prise de vue de la charte

Mes « récentes » satisfactions ne viennent pas que d’un changement de charte ou de logiciel mais sont liées bien plus à la « qualité » de prise de vue de la charte (point évoqué en introduction). Je vais vous donner les éléments à mettre en oeuvre pour une bonne acquisition de la charte, libre à vous de faire différemment.

Pour obtenir un bon résultat, je recommande l’usage du flash pour éclairer la charte, même si par la suite les illuminants sont variables lors de l’utilisation du profil personnalisé. Je préconise la mise en place d’un setup de reproduction, c’est-à-dire deux flashs (équipés de bol réflecteur) à 45° et à environ 1, 5 – 2 mètres de la charte. Utilisez de préférence deux flashs identiques (lampe à éclat), bol identique, et ajustez la même énergie sur les deux flashs. Essayez de ne pas coller la charte contre le mur mais utilisez plutôt sur support de flash sur lequel monter la charte. Privilégiez un fond noir ou gris foncé sur le mur vers lequel vous shootez. Si vous posez la charte sur un support (table), mettez un tissu noir (velours de préférence). Utilisez un trépied pour l’appareil photo. Evitez d’utiliser des sources lumineuses fluorescentes ou à économie d’énergie, ces sources ne permettent pas un calibrage correct. Je recommande lors de la prise de vue de couper toute source lumineuse dans le studio.

Setup reproduction pour photographier la charte couleur

Pour photographier la charte, utilisez de préférence un petit téléobjectif (env. 85-135mm) et veillez à ne pas cadrer trop serré (voir illustration ci-dessous). Pour les paramètres du boitîer, sensibilité nominale, vitesse synchro flash, ouverture à f/5,6  et bien sûr mode RAW. Les flashs auront été réglés individuellement pour une ouverture à f/5,6 avec compensation pour le numérique (+1,33, c’est à f/9 au flashmètre). Sans toucher aux flashs, faites une succession de prise de vue en fermant le diagramme par tiers jusqu’à f/16.

Photographie de la charte couleur 140 patchs

Vérification et choix du fichier

Une fois la série de photo faites, ouvrez (importez) vos fichiers dans votre logiciel de développement. Faites une balance des blancs sur le patch gris clair proche du blanc (voir illustration). Préférez le fichier dont la valeur sur ce même patch (qui a servi à la balance des blancs) est aux environs de 90% dans LR, 235/240 (RVB) dans Camera Raw. Vérifiez avec la pipette qu’aucune composante n’est au-dessus de 95% (LR) ou 245 (Camera Raw). Généralement, le choix ira vers le fichier ayant été photographié entre f/8 et f/11. Les logiciels de profilage appliquent une courbe gamma sur le fichier (le fichier sera « vu » par le logiciel de profilage comme si on l’ouvrait dans LR avec un profil standard). Dernière vérification à la pipette, faites le tour de la charte (contour noir) pour contrôler si les valeurs RVB sont proches sur tout le pourtour. Si une zone se différencie c’est que la charte a été « polluée » lors de la prise de vue. Il serait bon de trouver le problème et de reprendre les prises de vues avant de faire le profil colorimétrique avec ce dernier. Une fois le fichier choisit, réinitialisez le développement, et faites un export DNG ou RAW en fonction du logiciel de profilage.

Choix patch pour la balance des blancs + Contrôle 

Exemples

Je vous propose une série d’avant/après dans Lightroom. Pour l’avant, j’ai opté pour le nouveau profil Adobe Couleur (disponible depuis la nouvelle version avec la gestion de profils dans le module de base) et pour l’après, le dernier profil personnalisé « Repro » (linéaire) que j’utilise pour chacun de mes boitîers. Les réglages sont à zéro. Je vous laisse apprécier et comparer les couleurs et chercher les détails (hautes et basses lumières) dans les crops d’image suivants.

 

Conclusion

Un fichier optimisé à la prise de vue et développé avec un profil colorimétrique personnalisé va grandement nous faciliter la vie dans le workflow photographique, les exemples sont suffisamment parlants pour ça. Si vous souhaitez vous lancer dans le profilage de votre appareil photo, ne négligez pas l’aspect prise de vue. J’ai peur de me répéter, mais c’est un point très important dans le processus de calibrage de l’appareil photographique.

Photo de scène développée avec un profil personnalisé « générique »

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